Coliving : l’État ferme la porte à un statut juridique spécifique
Le Gouvernement refuse de créer un cadre juridique dédié au coliving. Une position qui crispe une partie des élus, alors que les collectivités locales peinent à encadrer ce modèle hybride, à la frontière du logement classique et de la résidence gérée.
Le Gouvernement n’entend pas créer de cadre juridique spécifique au coliving. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 27 janvier 2026, le ministère de la Ville et du Logement estime qu’une telle évolution irait à l’encontre de l’objectif de simplification du paysage administratif poursuivi par l’exécutif.
Cette réponse fait suite à une question écrite d’Iñaki Echaniz, député (PS) des Pyrénées-Atlantiques, adressée à Valérie Létard, alors ministre chargée du Logement. Le parlementaire interrogeait le Gouvernement sur les mesures envisagées pour clarifier le statut juridique du coliving et garantir un encadrement des loyers pratiqués.
« Bien que ce modèle réponde à certains besoins de mobilité, notamment chez les jeunes actifs et les étudiants, il demeure largement non encadré », souligne-t-il.
Le rappel du droit existant comme ligne de conduite
Dans sa réponse, le ministère rappelle que la résidence principale est définie par la loi du 6 juillet 1989 comme un logement occupé au moins huit mois par an. Dès lors qu’un bail en coliving excède cette durée, il relève de ce régime juridique, y compris des dispositifs d’encadrement des loyers dans les zones concernées.
Le ministère évoque également le cadre applicable aux résidences de services, conçu pour limiter certaines dérives déjà observées dans le passé, notamment dans les résidences seniors. Les services non individualisables y sont strictement encadrés par le Code de la construction et de l’habitation afin d’éviter, selon l’administration, « des charges trop lourdes pour les locataires ».
« Des loyers supérieurs de 30 à 40 % aux loyers moyens »
Pour Iñaki Echaniz, ces rappels sont insuffisants au regard des pratiques constatées sur le terrain. « Entre 2021 et 2023, l’offre de coliving a progressé de 70 %, attirant plus de 430 M€ d’investissements en 2023 », rappelle le député. Une dynamique qui s’accompagne, selon lui, d’une inflation significative des loyers. « Dans plusieurs métropoles, les loyers pratiqués dépassent de 30 à 40 % les loyers moyens », affirme-t-il.
À Lyon, par exemple, « un studio de 15 m² en coliving peut atteindre 825 € par mois, contre 529 € pour une chambre en colocation classique ». Le député pointe également « des charges facturées par les opérateurs pouvant représenter jusqu’à un tiers du loyer, bien souvent supérieures à leur coût réel ».
Des initiatives locales en ordre dispersé
Le flou juridique entourant le coliving est, selon Iñaki Echaniz, à l’origine de nombreuses dérives. « Certains opérateurs utilisent le statut de résidence avec services pour échapper à l’encadrement des loyers en vigueur dans les zones tendues », déplore-t-il, estimant que ce contournement « pèse directement sur des locataires souvent sans solution alternative en période de crise du logement ».
À Paris, la municipalité a déjà tranché. Le Conseil de Paris a adopté le 8 octobre 2025 une délibération dite de « zéro coliving », refusant tout nouveau projet sur le territoire. Une initiative portée par Ian Brossat, également à l’origine d’une proposition de loi déposée au Sénat le 7 novembre 2025, toujours en attente d’examen.