Logement neuf : réservations et mises en vente « à leur plus bas historique » (FPI)
Le marché du logement neuf continue de s’enfoncer. Au premier trimestre 2026, les réservations sont passées sous le seuil symbolique des 20 000 unités pour la première fois depuis la création de l’observatoire de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI), tandis que les mises en vente sont tombées à un plus bas historique.
Le décrochage du marché résidentiel neuf s’accélère. Selon les chiffres publiés le 12 mai par la Fédération des promoteurs immobiliers, les mises en vente, d’une part, ont reculé de 19,2 %, à seulement 11 649 logements, leur plus bas niveau trimestriel jamais enregistré. Elle se situent 37,4 % sous la moyenne de la période 2020-2026 sur les premiers trimestres (18 600).
Le taux de retrait d’opérations — part des programmes retirés de la commercialisation — a atteint 24 % au T1 2026, contre une moyenne de long terme inférieure à 10 %.
Des décisions d’achats paralysés
D’autre part, les réservations de logements neufs ont chuté de 14,3 % au premier trimestre 2026, à 19 050 unités, un niveau inédit depuis la création de l’observatoire de la fédération.
Elles se décomposent en : 12 337 ventes au détail ordinaires (-10,8 %) ; 4 413 ventes en bloc (-35 %) ; 2 300 ventes de résidences services (+ 43,8 %, données d’échantillon).
« Ces chiffres me laissent sans voix, je ne sais pas les expliquer : c’est de pire en pire », a déploré Pascal Boulanger, président de la FPI.
La fédération attribue la dégradation à la conjonction de trois facteurs : le retour de l’inflation à + 2,2 % en avril 2026 sous l’effet des prix de l’énergie liés à la guerre en Iran, la remontée des taux de crédit immobilier à 3,18 % au T1, et un climat d’anxiété qui paralyse la décision d’achat des ménages.
L’offre disponible atteint 83 228 logements (+ 3,8 % sur un an) pour un délai d’écoulement de 19,9 mois en moyenne nationale, soit plus du double des 9,7 mois enregistrés au T1 2020. La part des logements livrés non vendus — le « stock dur » — grimpe à 12 %, contre une moyenne de long terme de 7 %.
Dispositif « Jeanbrun » : « Des résultats très en deçà des objectifs »
Sur le dispositif fiscal dit « Jeanbrun », entré en vigueur le 21 février 2026, Pascal Boulanger reconnaît des résultats très en deçà des objectifs : environ une centaine de logements vendus sous ce statut au T1, contre un rythme cible de 4 000 à 5 000 par mois pour atteindre l’objectif de 50 000 logements par an.
« Au bout de deux mois et demi, mes confrères me disent tous qu’on est à quelques dizaines à peine chez les plus petits et à peine une centaine chez les majors », déclare-t-il.
La concomitance des dates est soulignée : le statut entre en vigueur le 21 février 2026, le contexte géopolitique au Moyen-Orient se dégrade fin février : « La faute à pas de chance, c’est que le statut du bailleur privé arrive le 21 février et Donald Trump déclare la guerre à l’Iran le 28. Nous savons qu’en cas de guerre les investissements et les ventes ne se font pas », a déploré le président de la FPI.
La fédération a exprimé également sa déception face aux annonces du plan Relance Logement du 23 avril 2026, dont les améliorations du Jeanbrun ciblent l’ancien, et attend des avancées pour le neuf dans le projet de loi annoncé au Sénat en juin 2026.
Les 103 363 autorisations brutes au premier trimestre 2026 (+ 29,3 %) tiennent quasi exclusivement au mois de mars, où les délivrances ont bondi à près de 25 000 unités contre 12 000 en février.
Didier Bellier-Ganière, délégué général de la FPI, l’attribue à l’effet habituel de fin de mandature municipale, amplifié cette année : « Ce pic est bien plus important que lors des six voire 12 dernières années de mandat municipal. Il explique la hausse qu’on constate en ce premier trimestre. On verra les prochains mois si c’était annonciateur d’une tendance ou plutôt une hausse atypique, ce que je pense. »
Pour Pascal Boulanger, président de la FPI : « Le seul bon chiffre, c’est sur un mois, au moment des élections municipales de mars 2026, les autorisations en hausse. Seul petit feu vert dans cet océan de feux rouges. »
« A Matignon, on nous fait comprendre qu’il n’y a plus d’argent »
Sur l’agenda législatif, Pascal Boulanger confie avoir été « très déçu » des annonces du plan Relance Logement présenté le 23 avril 2026 à Marseille, ciblant les améliorations du Jeanbrun sur l’ancien.
Des pistes pour le neuf seraient en discussion — extension aux maisons individuelles, relèvement du plafond de déduction de 10 700 € à 21 400 €, suppression du plafond à 8 000 €, ouverture aux locations aux ascendants et descendants — sans annonce publique à ce stade.
« J’ai le sentiment que le Gouvernement a envie de nous aider. Simplement, à Matignon, on nous fait comprendre qu’ils n’ont pas de majorité et qu’il n’y a plus d’argent », a résumé Pascal Boulanger.