Immomatin Tour - Etape 4 : À Lyon, la reprise se confirme mais les professionnels restent prudents
La reprise est là, assurent les professionnels rencontrés sur place. Mais le marché lyonnais a changé : davantage de stock, des acquéreurs plus rares et des investisseurs en quête de visibilité. Dans la Capitale des Gaules, l’heure est au réalisme plutôt qu’à l’emballement.
Angélique Grasso exerce, à Lyon (69), son métier d’agent immobilier d’une manière comme à nulle autre pareille. Si elle assure y vendre « tous types de biens », c’est bien sur le segment du haut de gamme qu’elle excelle.
L’un des principaux faits d’armes de cette ancienne candidate de l’émission Chasseur d’apparts’ sur M6 ? Réussir à loger (soit via la vente, soit via la location) 70 % de l’effectif de l’Olympique Lyonnais, le club de football phare de la ville. « J’ai vendu des biens à Juninho et à Jérôme Boateng. Et nous venons de réaliser l’état des lieux de sortie d’Endrick », confie-t-elle.
L’autre force de son agence, indépendante, sous enseigne Avenir Investissement : collaborer avec des cabinets de mutations lui permettant de toucher une clientèle internationale venue s’installer à Lyon, là-aussi souvent haut de gamme.
Enfin, elle revendique « une façon de travailler qui se démarque » de celles de ses concurrents.
« Notre priorité est de trouver les solutions aux problématiques que peuvent rencontrer les propriétaires, dit-elle. Par exemple, lorsqu’un bien est vide, nous leur proposons systématiquement, grâce à des partenariats noués avec des entreprises spécialisées, de la location ou de l’achat de meuble. Et lorsque des travaux sont nécessaires, nous sommes accompagnés d’un architecte pour réaliser les chiffrages. »
Dans son agence, sise dans le chic 6e arrondissement, écrin à la décoration aussi soignée que celles des biens de prestige qu’elle commercialise, quatre collaborateurs l’accompagnent au pôle transaction.
« En 2025, nous avons réalisé 65 ventes, indique-t-elle. Il y a cinq ans, nous avons lancé notre activité de gestion locative. Nous comptons à présent 250 lots en gestion. Mais surtout, nous déployons la même énergie partout où nous travaillons, aussi bien pour un petit appartement à Villeurbanne que pour une maison de luxe aux Monts d’Or ».
Un marché immobilier devenu « très difficile à lire »
A quelques pas de l’agence d’Angélique Grasso, Guillaume Tronel dirige un point de vente sous pavillon Orpi installé rue de Vendôme depuis 1962.
Fondé par son grand-père, il l’a repris il y a huit ans et compte vingt-six années d’activité dans la profession. C’est dire s’il en connaît parfaitement les rouages. Et mieux encore ceux qui articulent le marché immobilier lyonnais : il préside le Groupement d’intérêt économique (GIE) Orpi de Lyon, qui compte 66 points de vente et un fichier commun de 2 000 biens.
Au cœur de la crise qu’a traversé le secteur de la transaction immobilière ces dernières années, « l’année 2024 fut la plus difficile, constate-t-il. Nous avions alors, au sein du GIE, réalisé 3 800 transactions. 2025 a été synonyme de retour à une activité plus forte, même si les trésoreries ont été mises à mal, avec 4 300 ventes pour le GIE. Et 2026 confirme cette tendance. C’est positif. Mais nous n’avons pas de certitude sur l’avenir. Les éléments nous manquent pour dire si le marché s’est consolidé ou non, il est devenu très difficile à lire. »
Pour les professionnels, cette période nécessite un important travail d’accompagnement auprès des vendeurs. « Nous devons faire preuve de pédagogie afin de les aider à intégrer les nouvelles réalités du marché », explique Hadrien Mettetal, directeur général du groupe familial Primmo Immobilier (cinq adresses dans la région).
Les attentes des propriétaires, souvent alignées sur les niveaux de prix des années précédentes, doivent être réajustées pour permettre la concrétisation des projets.
En cause : le conflit dans le détroit d’Ormuz, « qui a engendré un certain attentisme », poursuit ce dernier. Et d’ajouter : « Ce qui nous manque, c’est une vision législative stable sur le long terme pour les investisseurs. »
Des prix de l’immobilier stabilisés depuis 12 mois
Ce constat est partagé par Angélique Grasso. « Le marché lyonnais est devenu très complexe, affirme-t-elle. Cela fait quatre ans que nous subissons un ralentissement. Certes, la reprise a eu lieu en 2025 et se poursuit en 2026. Nous faisons de jolie ventes. Mais l’euphorie, arrivée juste après le Covid, est derrière nous. Notre stock de ventes est important. Mais les acquéreurs sont moins nombreux. »
Ce ralentissement se vérifie implacablement dans l’évolution des prix de l’immobilier : selon Guillaume Tronel, ils ont accusé à Lyon, sur ces cinq dernières années, une baisse de près de 15 %. « Depuis douze mois, ils sont stabilisés, reprend-il. Mais le marché lyonnais demeure très hétérogène. Certains quartiers sont toujours très prisés. D’autres moins. C’est ce qui en fait l’une de ses grandes caractéristiques. »
Une ville qui attire de nombreux cadres
Lyon et ses neuf arrondissements (520 000 habitants) est, de l’avis des professionnels de l’immobilier que nous avons rencontrés, une ville qui recèle de nombreux atouts pour qui veulent s’y installer.
« C’est une ville très dynamique, un poumon économique fort avec de nombreux sièges sociaux, qui attire de nombreux cadres supérieurs », constate Guillaume Tronel.
« C’est une ville à taille humaine, bien moins stressante que Paris, et à seulement une heure et demie de la montagne et trois heures de la côte méditerranéenne, poursuit Angélique Grasso. Pour les familles, elle offre un cadre idéal et une belle qualité de vie. » A l’instar de son 6e arrondissement, l’un des plus prisés de la cité, où l’on trouve des immeubles bourgeois de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, avec une forte présence de styles haussmannien, Belle Époque et Art déco ; sans oublier son emblématique Parc de la Tête d’Or qui jouxte le Rhône.
A l’ouest du 6e arrondissement, de l’autre côté du fleuve, la quartier de la Croix-Rousse (4e arrondissement) est également très recherché. Avec ses immeubles canuts, bâtiments construits au milieu du XIXᵉ pour les ouvriers de la soie, et dont les appartements offrent aujourd’hui des hauteurs sous plafond très importantes (souvent 3,5 à 4 mètres), il est considéré comme l’un des meilleurs secteurs résidentiels de Lyon.
La Confluence et ses immeubles à l’architecture audacieuse
Autre quartier fleuron de l’immobilier de la Capitale des Gaules : La Confluence, sur La Presqu’île. Bordé de friches industrielles et logistiques, il fut converti, à partir du début des années 2000, en une zone résidentielle composée d’immeubles à l’architecture contemporaine « audacieuse », comme décrit sur le site Lyon-confluence, avec « ses volumes géométriques, ses façades asymétriques, ses jeux de couleurs et de matériaux et ses grandes surfaces vitrées ».
« La Confluence fut une pompe aspirante de cadres supérieurs, constate Guillaume Trunel, avec ses logements de grande qualité. »
Enfin, et s’il impossible dans ces colonnes d’être exhaustif dans notre panorama des secteurs prisés de l’immobilier lyonnais, on retiendra également Monplaisir, à l’est de la cité, souvent décrit comme un quartier à l’esprit village, à la fois résidentiel, commerçant et bien connecté au centre-ville. « Il reste très demandé », confirme le directeur de l’agence Orpi Tronel.
Avant de conclure : « Lyon est une belle surprise pour ceux qui la découvrent. Hier encore secrète, elle a su se dévoiler au fil des années. Notamment aux touristes, qui y sont de plus en plus nombreux ! »