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Orpi, Laforêt, L’Adresse et Foncia : un T1 2026 sous tension mais sans rupture


Malgré un environnement économique incertain plombé par le conflit au Moyen-Orient, quatre réseaux immobiliers nationaux - Orpi, Laforêt, L’Adresse et Foncia - ont fait état d’une activité globalement stable au premier trimestre 2026. Une résilience portée par des fondamentaux solides, mais freinée par le regain d’attentisme des acquéreurs.

Quel bilan pour l’activité au T1 2026 de ces 4 grands réseaux immobiliers ? - © D.R.
Quel bilan pour l’activité au T1 2026 de ces 4 grands réseaux immobiliers ? - © D.R.

« En dent de scie » pour la coopérative L’Adresse ; « non sans embuche » pour la franchise Laforêt. Sur le plan des affaires, le premier trimestre 2026 s’est révélé pour le moins contrasté pour la filière de la transaction immobilière dans l’ancien.

En cause : les intempéries de janvier et de février d’une part (neige et inondations) qui ont touché plusieurs départements du pays, fait savoir Laforêt dans une communication officielle, entrainant l’impossibilité, pour les professionnels de l’immobilier, d’organiser des visites et, pour de nombreux Français, de se lancer pleinement dans un projet immobilier.

Le poids de la guerre en Iran

D’autre part - et surtout ! - la situation géopolitique, dont l’impact pourrait se prolonger sur le marché de la transaction si la guerre au Moyen-Orient était amenée à durer.

« Au mois de mars, le début du conflit [a] entrainé de l’attentisme et un ralentissement de l’activité, avec une baisse des contacts et, d’ores et déjà, certains projets reportés ou suspendus », commente, dans un communiqué, Brice Cardi, président de L’Adresse.

Ce dernier en veut pour preuve un sondage que la tête de réseau a réalisé auprès de ses 360 adhérents : 65 % d’entre eux ont estimé que la guerre avait impacté leur activité, au même titre d’ailleurs - mais dans une moindre mesure - que les élections municipales de mars.

Néanmoins, la communication de L’Adresse se veut, dans ce contexte, rassurante : après que l’année 2026 eut « très bien démarré grâce à la stabilisation des taux de crédit et à l’acceptation d’offres plus basses par les vendeurs », le volume d’activité du réseau resta « stable par rapport au 1er trimestre 2025, et en hausse de 10 % par rapport au 1er trimestre 2024 », relève-t-on au sein de la coopérative.

Hausse de 2 % des compromis au T1 chez Laforêt

Du côté du réseau Laforêt et ses plus de 700 agences, inutile, également, de tirer la sonnette d’alarme :

« Malgré le contexte géopolitique et les tensions qu’il engendre sur l’économie, les fondamentaux sur notre marché de l’immobilier restent bons, précise à Immomatin Yann Jéhanno, son président. Acquéreurs et vendeurs demeurent actifs. Les premiers ont compris que la baisse des prix et des taux étaient derrière eux ; les seconds se montrent plus raisonnables dans leurs prétentions, ils jouent le jeu  ».

Et de résumer : « Le marché immobilier, au premier trimestre 2026, poursuit son redressement, avec une hausse de nos compromis signés de 2 % et une demande en progression de 4 % ».

Autour d’une dizaine de journalistes qu’il avait conviés lors d’un déjeuner de presse, mercredi 8 avril, Guillaume Martinaud, président de la coopérative Orpi, avait « le triomphe modeste », selon ses mots.

Et de développer : « Le secteur tient malgré la crise, a-t-il expliqué. La guerre au Moyen-Orient n’a pas engendré d’effondrement sur notre activité puisque nous avons, au sein du réseau Orpi [1 250 implantations en France, NDLR], clôturé le premier trimestre, en nombre de compromis signés, en hausse de 1,06 % par rapport au T1 2025 ».

Avant d’ajouter : « Une certaine résilience s’est installée sur le secteur. Les acquéreurs se disent qu’il est l’heure de passer à l’acte car l’on ne sait pas de quoi demain sera fait. Mais je dois reconnaître que, nous professionnels, naviguons à vue. En mars, à cause de la conjoncture géopolitique, nous avons accusé, chez Orpi, une baisse de volume des acquéreurs, surtout dans les grandes villes alors que les zones rurales ont été moins impactées. »

Des ventes en repli de 3 % chez Foncia

Autre réseau immobilier de dimension nationale à avoir rendu compte du bilan de son activité au T1 2026, Foncia (600 agences en France) a fait état, par la voix de Jordan Frarier, président de son pôle transaction, d’un marché « attentiste, les ménages évaluant leurs projets avec prudence avant de s’engager », soit un repli du volume de transactions pour l’enseigne de 3 % par rapport à la même période de 2025.

« Cette baisse attire toute notre attention sans pour autant nous inquiéter », a-t-il remarqué lors d’une conférence de presse en ligne, jeudi 2 avril.

Et d’expliquer : « Après deux premiers mois stables, nous avons enregistré, en mars 2026, une baisse de 8 % de nos volumes de ventes. Mais ce repli est à mettre en perspective avec une hausse de 16 % enregistrée au mois de mars 2026. »

Il n’empêche, en guise de facteurs explicatifs de ce repli d’activité au premier trimestre 2026, Jordan Frarier de retenir également « la confiance des ménages, qui a été impactée par le contexte géopolitique et économique incertain, renforçant la prudence des acheteurs au fil des semaines » ; puis les taux d’emprunt à un niveau « élevé après avoir enregistré une légère hausse » dans un « contexte incertain et une politique bancaire plus restrictive  ».

Évolution des taux : les professionnels de l’immobilier ont les yeux rivés sur le Moyen-Orient

Cette question de l’évolution des taux de crédits est demeurée au cœur des prises des paroles des quatre réseaux immobiliers susnommés.

« Oui, ils se sont inscrits, ces dernières semaines, sur une tendance légèrement haussière, affichant, début avril, 0,20 point de plus qu’à l’été dernier, soit autour de 3,25 %. Mais entre 3 % et 4 %, on reste sur des taux dits  »normaux« , a remarqué Yann Jéhanno. J’insiste : les fondamentaux du marché immobilier demeurent favorables à l’acquisition, avec des prix et des taux qui se sont globalement stabilisés. »

Le 9 avril, le courtier Meilleurtaux corroborait ces dires dans le cadre d’une conférence web : « Depuis le début de l’opération en Iran, les taux sont en hausse contrôlée, a relevé Maxime Chipoy, son directeur éditorial. Nous constatons de la part de nos nombreux établissements partenaires certes une légère augmentation des taux, mais dans un glissement lent et maîtrisé. Face à des taux directeurs en hausse, les banques rognent sur leurs marges afin d’attirer des clients et d’éviter de fermer le robinet du crédit. Aucune d’elles ne veut casser la dynamique par de brutales hausses de taux ».

Des taux de crédit à 4 % si le conflit en Iran s’enlise ?

S’agissant des perspectives pour les mois qui viennent, deux scénarios se dessinent pour Meilleurtaux. Un premier qualifié de « raisonnable », où le conflit en Iran s’achève rapidement « sans trop de conséquences sur l’inflation et la croissance », avec une activité immobilière dans l’existant qui atteindrait 900 000 à 1 million de transactions, et des taux évoluant dans une fourchette de 3 à 3,5 %.

Un second scenario « plus pessimiste », tablant sur une poursuite de la guerre. « Dans ce cas, une hausse de 25 points de base de la part de la BCE (Banque centrale européenne), lors de sa réunion de mi-juin, risque[rait] de porter les taux jusqu’à 4 % et gripper le marché immobilier », avertit Maxime Chipoy.

Le printemps de l’immobilier, si chère à la profession, s’annonce pour le moins mouvementé…