« Le marché repart, mais la reprise profite d’abord aux acquéreurs les plus solvables » (leboncoin immo)
Après deux années de ralentissement marqué, le marché immobilier semble amorcer un redémarrage en 2026. Mais s’agit-il d’une véritable reprise ou d’un simple rééquilibrage ? A partir des données exclusives leboncoin immo et des retours terrain du panel de professionnels Le Cercle de l’immo, le point sur un marché immobilier désormais à deux vitesses avec Baudouin Masse-Baudet, responsable des Études chez leboncoin immo.
Le marché immobilier repart-il vraiment en 2026 ?
Oui, le marché repart, mais de manière progressive et encore fragile. Selon les retours de notre communauté de professionnels « Le Cercle de l’immo » et les données leboncoin immo, 55 % des professionnels constatent une reprise des transactions, même si elle reste souvent légère.
Côté offre, nous observons une hausse significative de +14 % des biens mis en vente au premier trimestre 2026. Cette dynamique positive montre donc un retour progressif de la confiance, mais elle n’est pas encore généralisée.
Comment expliquer qu’il y ait davantage de biens à vendre sans hausse équivalente du nombre d’acheteurs ?
Nous sommes clairement dans une phase de rééquilibrage du marché. Les vendeurs reviennent progressivement, notamment parce qu’ils ajustent leurs prix à des niveaux plus cohérents avec les nouvelles conditions de financement.
L’offre progresse plus vite que la demande
En revanche, la demande reste contrainte. Les contacts acheteurs n’augmentent quasiment pas, seulement de +0,3 % selon nos données. Cela traduit un marché attentiste : les acquéreurs sont présents, mais ils sont plus sélectifs, mieux informés et surtout moins nombreux à pouvoir concrétiser leur projet. Autrement dit, l’offre progresse plus vite que la demande.
Quel est aujourd’hui le principal frein à la reprise ?
Le frein majeur reste la solvabilité des acquéreurs. Même si les taux se stabilisent désormais autour de 3 % à 3,3 %, ils demeurent élevés comparés à la période 2015-2021. Cette différence réduit mécaniquement la capacité d’emprunt des ménages.
L’apport personnel est devenu déterminant : il représente 17 % du budget d’acquisition
L’apport personnel est devenu déterminant : il représente en moyenne 17 % du budget d’acquisition, soit environ 52 000 €.
Pour beaucoup de ménages, notamment les primo-accédants, ce niveau constitue un véritable obstacle au passage à l’acte.
Entre-t-on dans un marché immobilier à deux vitesses ?
Oui, nous observons clairement une segmentation du marché. Les acquéreurs les plus solides financièrement — souvent déjà propriétaires ou disposant d’un apport conséquent — reviennent et concrétisent leurs projets.
A l’inverse, une part importante des primo-accédants reste exclue du marché. La reprise bénéficie donc en priorité aux profils les plus solvables, ce qui crée un marché à deux vitesses.
Vendeurs et acheteurs ont-ils encore du mal à s’accorder ?
C’est effectivement un point déterminant. Une partie des vendeurs a déjà intégré la nouvelle réalité du marché en ajustant ses prix, mais cet alignement n’est pas encore généralisé. D’ailleurs, 60 % des professionnels immobiliers qui ne constatent pas de reprise identifient précisément ce décalage entre les attentes des vendeurs et la capacité financière des acheteurs.
Tant que cet ajustement ne sera pas pleinement réalisé, les délais de vente resteront plus longs et les négociations plus complexes.
Concrètement, qu’est-ce qui pourrait réellement relancer le marché de manière durable ?
Le premier levier reste incontestablement le financement. Les professionnels de l’immobilier soulignent avant tout la nécessité d’un accès au crédit plus fluide, d’une stabilisation durable des taux d’intérêt et d’un accompagnement renforcé des primo-accédants, aujourd’hui les plus pénalisés par les conditions d’emprunt.
Nous assistons davantage à une phase de transition qu’à une reprise pleinement installée
Mais la relance du marché ne dépend pas uniquement des paramètres bancaires. Elle repose également sur un élément plus intangible : la confiance des ménages.
Lorsque la visibilité économique s’améliore et que les projets immobiliers redeviennent rassurants, les décisions d’achat s’accélèrent naturellement.
Parallèlement, la poursuite de l’ajustement des prix reste essentielle pour permettre une rencontre plus rapide entre vendeurs et acquéreurs. Aujourd’hui, nous assistons davantage à une phase de transition qu’à une reprise pleinement installée.