Les agents immobiliers face à la nouvelle temporalité de l’immobilier plaisir (portail Green-Acres)
Longtemps assimilée à un achat plaisir réservé à une clientèle aisée ou à quelques destinations iconiques, la résidence secondaire change de visage pour s’inscrire dans une trajectoire résidentielle. Telle est la principale conclusion de la dernière livraison de l’Observatoire Green-Acres « L’immobilier plaisir ».
La résidence secondaire n’est plus seulement un achat plaisir. Elle devient une résidence principale en devenir, révèle le portail immobilier Green-Acres dans son dernier Observatoire centré sur la thématique de « L’immobilier plaisir ». Près de 74 % des acquéreurs envisagent en effet d’y vivre à termes, souvent dans un délai de un à cinq ans.
Pour les agents immobiliers, cette temporalité modifie, nul doute, la nature même de l’acte de vente. Elle transforme une transaction réalisée à « un instant T » en une relation client de long terme avec le vendeur, ouvrant, par la même, des perspectives en gestion locative, revente ou accompagnement dans la mobilité résidentielle.
« Certains [acquéreurs] feront le saut directement à la retraite, d’autres par paliers successifs », observe Benoît Galy, PDG de Green-Acres, portail spécialiste de l’achat immobilier plaisir (acquéreurs étrangers en France et Français en quête d’un projet immobilier à l’étranger).
Trois segments de marché, trois modèles économiques
Sous le nom de « résidence secondaire » (avec un portrait-robot dessinant une maison de 150 m² pour un budget médian de 264 000 euros) se cachent trois marchés aux logiques transactionnelles distinctes.
Sur le littoral, la tension reste maximale. Avec un prix médian de 416 000 euros pour 94 m² de surface et un prix au mètre carré trois fois supérieur à celui de la campagne, l’achat est avant tout celui de l’emplacement.
« La mer n’est pas réservée uniquement à ceux qui peuvent s’offrir la Côte d’Azur. Le rêve balnéaire existe à tous les niveaux de prix. Il change simplement de géographie », relève le PDG du portail immobilier, qui compte plus de 2 000 clients agents immobiliers.
À la montagne, la segmentation est encore plus marquée. Les stations alpines continuent d’attirer une clientèle patrimoniale à fort pouvoir d’achat (le budget médian y atteint 484 000 euros, avec des sommets à plus d’un million d’euros à Val-d’Isère), tandis que les massifs plus accessibles (Massif Central, par exemple) captent une demande en quête de valeur d’usage.
« L’acheteur arbitre entre une marque internationale et un ancrage authentique. Entre valeur patrimoniale et valeur d’usage », illustre Benoît Galy.
La campagne, enfin, confirme son engouement auprès des porteurs de projets immobiliers, tout en mettant en lumière quatre grandes zones géographiques. Certaines offrent des tickets d’entrée raisonnables, sous les 200 000 euros (l’ouest de l’Hexagone), tandis que d’autres peuvent être qualifiées de marché premium, à l’instar du Sud-Est, où le prix médian atteint 460 000 euros.
Une demande portée par une clientèle urbaine
Autre conclusion de marque rapportée par l’Observatoire Green-Acres : la demande sur le segment l’immobilier de plaisir est massivement portée par les habitants des métropoles, Paris concentrant, à elle seule, près d’un tiers des recherches.
Le produit cible ? Une maison de 130 à 150 m², perçue comme « un refuge résidentiel ». Et porté par un déclencheur majeur : la retraite, qui motive 60 % des recherches de résidences principales et qui reste le premier moteur pour la résidence secondaire.
« Nous parlons ici d’un achat immobilier plaisir : un bien acquis pour l’équilibre entre ville et nature, dans un territoire qui fait destination en lui-même », reprend le dirigeant de Green-Acres.
A noter ici que la motivation locative du bien souvent, hier, mise en avant, recule nettement au profit d’une logique d’usage. Cette évolution impose alors aux professionnels d’adapter leur discours commercial. L’argument de rendement ne suffit plus. L’argument clé devient la qualité de vie, l’accessibilité territoriale et la capacité du bien à accompagner une transition résidentielle.
Fiscalité et régulation : des contraintes qui redistribuent les flux
Dans le même temps, les politiques locales accélèrent la recomposition du marché. Hausse de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, surtaxes activées dans de nombreuses communes, restrictions croissantes sur la location courte durée : autant de facteurs qui modifient les arbitrages des acquéreurs.
« La fiscalité devient le langage dans lequel les territoires posent leurs conditions », retient Benoît Galy.
Dans certains secteurs comme le Pays basque, les dispositifs de compensation ont entraîné une chute spectaculaire des autorisations de meublés touristiques. Le potentiel locatif n’est plus un automatisme. Le projet doit être viable indépendamment de la rentabilité saisonnière.
La « carte du possible », nouveau terrain de prospection
Face aux contraintes des marchés premium, une redistribution territoriale est déjà à l’œuvre. Les territoires combinant accessibilité prix, fiscalité modérée et liberté locative émergent comme de nouveaux pôles d’attractivité.
L’immobilier plaisir peut désormais démarrer sous les 150 000 euros, ouvrant des perspectives sur des marchés longtemps considérés comme périphériques. En effet, selon Benoît Galy, « l’immobilier plaisir ne disparaît pas avec la contrainte budgétaire. Il change simplement de géographie », conclut-il.