Après SeLoger, Jinka condamné en appel face à Leboncoin
La start-up immobilière Jinka, qui agrège des annonces issues de différentes plateformes immobilières, a perdu en appel son procès contre Leboncoin, après une défaite similaire face à SeLoger fin 2025.
Quatre mois après avoir perdu son procès en appel contre la plateforme immobilière SeLoger, Jinka essuie un nouveau revers judiciaire : l’agrégateur d’annonces immobilières vient d’être débouté en appel par la cour d’appel de Versailles dans son litige qui l’oppose, cette fois, au portail Leboncoin.
Pis : ce jugement en appel, rendu le 14 avril 2026, est plus sévère que celui prononcé en première instance par le tribunal judiciaire de Nanterre. Ce dernier, le 31 mai 2024, avait condamné Jinka à verser des dommages et intérêts à hauteur de de 50 000 euros.
Deux ans plus tard, la cour d’appel de Versailles condamne l’agrégateur à verser 200 000 euros à Leboncoin, en plus de 53 000 euros de remboursement de frais d’avocats, selon Les Echos.
La pratique du scraping a-t-elle un avenir ?
« En procédant à l’extraction et à la réutilisation de parties qualitativement et quantitativement substantielles du contenu de la base de données et de la sous-base de données « immobilier » du site Internet leboncoin.fr, la société Babel France [Jinka] a porté atteinte au droit de producteur de ladite base de données », fait savoir la cour d’appel de Versailles dans sa décision de justice, que s’est procurée le quotidien économique.
En effet, au cœur du litige se trouve la pratique du « scraping » pratiquée par Jinka : celle-ci récupère automatiquement des annonces immobilières publiées sur Leboncoin pour les intégrer dans son application.
Au-delà de ce cas individuel, cette décision de la cour d’appel de Versailles constitue un signal fort envoyé aux plateformes d’agrégation de données immobilières. Jinka, qui revendique 4 millions d’utilisateurs, s’appuie sur l’intelligence artificielle pour collecter, qualifier et fiabiliser les annonces issues de plus de 5 000 sources.
Une distorsion de concurrence dénoncée
Jinka pointe, de son côté, une situation jugée « paradoxale ». D’un côté, les portails immobiliers restreignent l’accès à leurs données pour les acteurs français. De l’autre, ils nouent des partenariats avec des géants technologiques internationaux, notamment Google et OpenAI.
Au cœur du débat : la directive européenne de 1996 sur les bases de données, transposée en droit français. Pour Jinka, ce cadre apparaît inadapté à l’ère de l’intelligence artificielle et des usages data-driven.
La start-up appelle, dans un communiqué, à « une réforme rapide », articulée autour de trois axes : une exception de comparaison pour faciliter la transparence du marché, la fin des discriminations d’accès aux données et l’ouverture en open data de certaines données d’intérêt général, notamment dans un marché du logement sous tension.
Avec cette nouvelle défaite judiciaire, Jinka voit son modèle initial remis en cause. L’affaire renforce la protection juridique des plateformes et envoie un signal clair à l’écosystème des start-up : l’exploitation de données tiers sans autorisation comporte, bel et bien, des risques juridiques.