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« Nous anticipons des ventes en fléchissement au T1 2021 » (C. Blanchet, Notaires de Paris)

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Chantiers prioritaires qui vont animer son mandat, état des lieux du marché de l’immobilier francilien, perspectives sur l'évolution des prix, difficultés des primo-accédants d’accéder à la propriété : Cédric Blanchet, président de la Chambre des Notaires de Paris, a répondu en exclusivité aux questions de notre partenaire News Tank Cities.

Le marché immobilier francilien à la loupe - © D.R.
Le marché immobilier francilien à la loupe - © D.R.

Quelles sont les priorités de votre mandat de deux ans à la tête de la Chambre des Notaires de Paris ?

J’ai établi un programme de travail structuré autour de 3 axes : un axe métier pour simplifier et moderniser la relation entre le client et le notaire ; un axe technologique, pour adapter nos outils de travail à l’évolution des techniques et des pratiques ; un axe institutionnel, pour le Grand Paris. L’axe métier est un enjeu important. Dans un environnement juridique de plus en plus complexe, le notaire doit être à même d’expliquer et de conseiller son client, sans oublier notre objectif fondamental : la sécurité des actes que nos clients signent. Il faut faire preuve d’imagination et d’initiatives dans ces domaines. Au-delà, notre ambition est d’améliorer l’accès aux droits de nos concitoyens.

Sur le 2e axe, la technologie est un des points forts du notariat, qui dispose d’un savoir-faire reconnu par tous. Nous voulons forcer l’allure. La crise du Covid-19 a accéléré les innovations que nous entreprenons depuis plusieurs années avec un passage temporaire à la signature à distance, et un recul de la présence physique des clients dans nos offices pour les rendez-vous de préparation de signature de dossiers. L’intelligence artificielle et la blockchain nous ont ouvert de nouveaux horizons que nous avons commencé à défricher, et qui vont nous permettre de proposer de nouveaux services à nos clients, notamment nos clients institutionnels. 

Je souhaite renforcer la cohésion pour le notariat du Grand Paris, en lien avec les 4 autres Chambres de notaires d’Île-de-France. Alors que le nombre de notaires et offices a doublé depuis 5 ans et que l’évolution de la demande de la clientèle pousse à des partenariats entre offices, il faut renforcer la cohésion de notre profession, l’uniformisation de nos pratiques. Les notaires sont des officiers publics et des chefs d’entreprise. C’est avec cette double casquette que nous souhaitons prendre toute notre part dans la construction de ce projet du Grand Paris. En 2020, nous avons créé les Notaires du Grand Paris pour unir nos forces. En 2021, les notaires du Grand Paris mettront au débat public des propositions fortes et concrètes pour améliorer l’accès au logement dans le Grand Paris, qui reste une préoccupation majeure des franciliens.

Dans quelle mesure les notaires de la Chambre de Paris sont-ils impactés, économiquement et socialement, par la crise sanitaire ?

La situation économique, notamment en Île-de-France, s’est assez fortement dégradée depuis 1 an. Il y a un fort attentisme en ce début d’année, l’ensemble de nos confrères peuvent en témoigner. Lors du 1e confinement au printemps 2020, l’activité en lien avec l’immobilier a été très fortement entravée. Très rapidement, grâce aux efforts fournis par la profession le notariat a trouvé des solutions technologiques qui ont permis une reprise partielle de l’activité de façon totalement dématérialisée. L’acte authentique sur support électronique a ouvert la voie, il y a de nombreuses années déjà. Il a été suivi par l’acte à distance qui a été une réelle avancée pour nos clients (le client vendeur signe dans l'étude de son notaire et le client acheteur signe dans l’étude de son notaire).

La nouveauté, accélérée par la crise de la Covid, a été la mise en place de l’acte avec comparution à distance. Le notaire peut recevoir l’acte de son client sans que ce dernier ne se déplace chez son notaire. Ce procédé novateur a été provisoirement mis en place lors du premier confinement et il a globalement fait ses preuves malgré quelques imperfections techniques et ergonomiques. Il a démontré son utilité et a été autorisé de manière pérenne par le Gouvernement, même s’il est actuellement limité à la signature des procurations.

2020 a été atypique également en ce qui concerne l’activité économique de la Compagnie des Notaires de Paris et la situation du marché de l’immobilier en Île-de-France. Bien sûr, l’activité économique au sein de la Compagnie de Paris est en recul de près de 15 % par rapport à l’année 2019 mais l’exercice porte sur un nombre réduit de jour d’ouverture effective des offices à nos clients. Nous fondons tous de nombreux espoirs sur l’année 2021 en espérant retrouver une activité normale dans un environnement économique plus stable et dynamique.

En Île-de-France, le prix des logements a augmenté de 6,6 % en 1 an, de novembre 2019 à novembre 2020. Le plafond de verre de 10 000 €/m2 a été percé à Paris en août 2020. La hausse annuelle atteint 6,5 % pour les appartements (6,3 % dans Paris) et 6,9 % pour les maisons, selon vos chiffres au 28/01/2021. Quelles sont les perspectives des prix de l’immobilier de Paris et en banlieue en 2021 ?

Vous avez raison de la rappeler, même si la hausse a eu tendance à ralentir au cours de ces derniers mois, Paris et la Région Capitale ont, sur 1 an, connu une augmentation encore prononcée des prix des logements anciens, encore plus marquée pour le secteur de la maison comparée à celui des appartements. Cependant, pour les mois à venir, d’après les avant-contrats, le ralentissement déjà observé dans Paris se confirmerait et se diffuserait à l’ensemble des secteurs géographiques.

Selon nos indicateurs avancés sur les avant-contrats, dans Paris, le mouvement légèrement baissier se prolongerait début 2021 pour laisser un prix au m² attendu à 10 600 € en avril 2021, en baisse de 0,4 % en 3 mois. Il serait ainsi quasiment identique (+0,8 %) à la valeur d’avril 2020 (10 520 € le m²). Ce ralentissement graduel se généraliserait de janvier à avril 2021 en Île-de-France. De ce fait, la hausse annuelle des prix est appelée à se modérer progressivement. On attend en avril 2021 une hausse des prix de 4,2 % en 1 an pour les appartements en Petite Couronne et de 2,5 % en Grande Couronne. Pour la maison, elle serait ramenée à 5,2 % en Petite Couronne et à 5,6 % en Grande Couronne.

On anticipe de ce fait des volumes de ventes en fléchissement en Île-de-France, au 1e trimestre 2021, mais on ne peut absolument pas parler de retournement de marché, comme certains le prédisent. Les tensions sur les prix sont en train de se réduire, en particulier dans Paris, où les prix sont légèrement orientés à la baisse. Cela peut resolvabiliser les acquéreurs mais aussi déclencher l’attentisme des vendeurs. À l’opposé, les hausses annuelles de prix resteraient encore notables en particulier pour la maison. 

Des facteurs de résistance demeurent. Tous les projets structurants du Grand Paris, du réseau de transports et de la transformation parallèle de nombreux territoires autour des gares, ainsi que les JOP Paris 2024, portent en eux un potentiel de développement régional puissant. Le logement continue de rassurer les ménages et de les sécuriser. Il importe donc de garder à ce secteur d’activité la fluidité dont il a besoin, en maintenant le niveau de construction, une fiscalité juste et raisonnable pour encourager le développement du parc et la rotation des biens et des terrains.

Le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), a publié le 28/01/2021 sa recommandation établissant les conditions dans lesquelles les banques peuvent octroyer un crédit immobilier. Quelles vont être les conséquences pour les emprunteurs ?

Il faudrait interroger les experts. Je ne suis pas sûr que ces nouvelles conditions aient un impact très fort. Il l’est moins que la vigilance des banques quand elles octroient un prêt, et qui sensiblement augmenté depuis le début de la crise (entre 10 et 15 % de refus de prêt). Mais les taux d’intérêts, principale variable d’accès au marché immobilier, restent extrêmement bas.

Comment aider les jeunes de 20-30 ans à investir dans l’immobilier ?

L’accès à la propriété en Île-de-France est un problème majeur, en particulier pour les primo-accédants. C’est une préoccupation du notariat parisien. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons faire des propositions aux pouvoirs publics sur ce sujet avant l’été. Beaucoup de leviers peuvent être actionnés : le développement de nouvelles formes de propriété innovante, qui permettent de diminuer sensiblement le prix au m2, la mobilisation des investisseurs institutionnels pour dynamiser l’offre, mais aussi la digitalisation de l’immobilier pour dynamiser et rendre plus transparent le marché. Mais l’essentiel réside dans notre capacité à faciliter l’amélioration et la transformation des logements existants. Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable  a rendu un rapport sur ce sujet très intéressant à la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, en septembre 2020. Nous allons nous en inspirer et creuser un certain nombre de ses propositions.

L’arrivée des quartiers des gares du Grand Paris Express (GPE) vont-ils contribuer à la hausse des prix de l’immobilier dans les 68 gares concernées ?

L’arrivée d’une gare est incontestablement un facteur d’attractivité puissant. Mais l’Observatoire des gares du Grand Paris, qui suit cela de près, n’a pas encore décelé de flambée des prix sur les secteurs concernés, même si sur certains secteurs des tensions fortes commencent à se manifester.

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