Évaluation

« L’immobilier n’est plus le mal-aimé de la French Tech »

Par Aurélie Tachot | le | Services pour évaluer

Un demi-milliard d’euros : c’est le montant levé en 2019 par les startups de l’immobilier et de la construction, d’après l’association Real Estech. Un nouveau record qui prouve - s’il le fallait - que la révolution digitale déferle bien sur le secteur, d’après Vincent Pavanello, co-fondateur de l’association qui fédère 250 startups de la PropTech.

Vincent Pavanello, co-fondateur de l’association Real Estech - © DR
Vincent Pavanello, co-fondateur de l’association Real Estech - © DR

L’immobilier est-il le parent pauvre de la French Tech ?

Non, l’immobilier n’est plus le mal-aimé de la scène Tech française. Jusqu’ici, les investisseurs rechignaient à investir dans ce secteur car il trouvait le marché trop régulé, avec des cycles de décision trop longs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : les investisseurs considèrent la thématique aussi prometteuse que la FinTech. En 2019, les startups de l’immobilier et de la construction ont ainsi levé 503 millions d’euros, contre 204 millions d’euros en 2018 et 177 millions en 2017. Soit l’équivalent de 10 % des sommes levées par les startups de la French Tech tous secteurs confondus. Le ticket moyen des opérations s’est établi à 11 millions d’euros, contre 3,3 millions d’euros en 2018. Rappelons que la société Meero a levé 205 millions d’euros sur ces 503 millions d’euros récoltés en 2019. Si on enlève le tour de table de Meero de l’équation, le taux de croissance du flux de financement reste toutefois important : + 81 % entre 2018 et 2019. Le marché de la Real Estech a donc atteint une forme de maturité.

Le nombre de créations de startups est-il en repli ?

Le rythme de création de startups dans l’immobilier et la construction a en effet ralenti en 2019, avec seulement 20 nouvelles entreprises, contre 40 en 2018. Citons notamment Plusse, un gestionnaire locatif entièrement digital, Promy, qui facilite la relation entre les promoteurs immobiliers et les propriétaires de terrains, Virgil, qui tente de trouver des solutions face à la hausse des prix immobiliers en aidant les acquéreurs à se constituer un apport en échange de mensualités futures. Au total, nous dénombrons désormais 400 startups opérant en France dans ce secteur, contre 420 à la fin de l’année 2018, plusieurs d’entre elles ayant stoppé leur activité car elles n’ont pas trouvé leur marché. Aujourd’hui, si nous constatons ce repli, c’est parce que la plupart des problématiques ont été adressées : la transaction, la gestion locative, la garantie des loyers impayés, le syndic de copropriété, la prospection foncière… Ce ralentissement, qui est tout à fait normal, est également observé en Allemagne et au Royaume-Uni, qui sont les deux autres écosystèmes les plus dynamiques d’Europe.

Quels investisseurs s’intéressent aux startups de la PropTech ?

Nous constatons que les plateformes de crowdfunding, dont les volumes d’affaires sont de plus en plus importants, suscitent l’intérêt des grands fonds d’investissements : en 2019, Tikehau et Atland ont par exemple pris le contrôle de Fundimmo et de Homunity. Les industriels continuent également à investir dans le secteur. En 2019, Nexity a mis la main sur Bureaux à Partager, Maisons du Monde a pris une participation majoritaire dans Rhinov, BNP Paribas a investi dans Zelock et Crédit Agricole Immobilier s’est rapproché de Liberkeys. Au total, six startups de la Real Estech ont été rachetées en 2019 dont MeilleursAgents, qui a rejoint le groupe Axel Springer pour environ 200 millions d’euros. Les fondateurs de startups savent que se faire racheter par un industriel ou un concurrent étranger peut constituer une bonne porte de sortie pour leurs actionnaires, qui se projettent en moyenne pour une durée de 5 à 7 ans. Le rôle de ces capital-risqueurs est d’accélérer la croissance de ces startups, la rentabilité étant plus difficile à atteindre.

Quelles startups feront parler d’elles en 2020 ?

Comme en 2019, les sociétés qui intéresseront le plus les investisseurs seront celles qui réussiront à se lancer à l’international, à l’image de Workwell, Hemea, qui visent l’Europe et les Etats-Unis. En début d’année, la startup française Matera (ex-Illicopro) a obtenu un financement de 10 millions d’euros pour dupliquer son modèle dans les pays frontaliers. Elle devrait ainsi prendre de belles parts de marché en 2020. Au sein de notre association, nous croyons également beaucoup dans le modèle des agences immobilières à prix fixe, inspiré par l’acteur américain Purple Bricks. En 2019, les start-up Proprioo et Liberkeys ont fait parler d’elle en levant respectivement 20 millions et 4 millions d’euros. Sur ce segment d’activité, les acteurs sont toutefois nombreux et nous devrions assister, ces prochaines années, à une consolidation du marché.

Levées de fonds
Levées de fonds - © dr

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