Portails

« La forte attractivité des métropoles ne se dément pas » (B. Gstalder, SeLoger)

Par Christian Capitaine | le | Actualité

Evolution du trafic des portails d’annonces, nouvelles requêtes des porteurs de projets, géographie de l’immobilier en mouvement, état des lieux de la filière sur le plan économique : Bertrand Gstalder, CEO du Groupe SeLoger, que nous avons rencontré fin juillet 2020, analyse, pour ImmoMatin, le marché de l’immobilier dans l’ancien à l’heure de cette ère dite de « post-confinement ».

Bertrand Gstalder, CEO du Groupe SeLoger
Bertrand Gstalder, CEO du Groupe SeLoger

Entre l’instauration du confinement et le début de l’été, comment ont évolué les trafics de vos différents portails ?

Au lendemain du confinement, soit le 11 mars 2020, nous avons enregistré une baisse brutale, de l’ordre de 50 %. Ce niveau historiquement bas a duré une dizaine de jours. Puis, à partir de fin mars, le trafic a commencé à remonter doucement, progressivement, pour atteindre le 11 mai, soit la date de la levée du confinement, un niveau de visites identique à celui d’avant-11 mars. Enfin, les semaines qui ont suivi, et ce jusqu’à fin juin, nous avons vu notre trafic décoller, si bien qu’entre mi-mai et fin juin 2020, il a progressé d’environ 60 %.

Une dernière donnée qui témoigne de ce dynamisme retrouvé : alors qu’en juin 2019 nous avions enregistré, sur l’ensemble de nos portails, 43 millions de visites, en juin 2020 elles ont franchi la barre des 68 millions.

Peut-on, dès lors, parler d’un contexte de reprise du marché de l’immobilier ?

Il reste, en effet, à déterminer si ces intentions se sont transformées en compromis de vente. D’après les échos positifs que nous avons, émanant notamment d’un réseau comme Bourse de l’Immobilier qui a annoncé un mois de juin « historique », nous pouvons, sans nous tromper, faire état d’un contexte de reprise du marché. En tout cas, un rebond technique a eu lieu. Rebond qui a notamment était alimenté par un taux de confiance élevé des porteurs de projet, ceux décidés à le mener à son terme dans les six mois : ce taux, qui était de 70 % courant avril - soit en plein confinement - est passé à 75 %.

Reste un point à relever : même s’ils demeurent confiants, ces porteurs de projets sont 47 % à se demander si c’est le bon moment d’acheter. A la source de cette pointe d’hésitation : non pas tant la crainte d’une relevée des taux qui, sauf retournement de la Banque centrale, resteront bas mais davantage l’éligibilité aux prêts, qui risquent de bouger.

Du côté des envies des porteurs de projets, ont-elles évolué avec le confinement ?

L’envie d’une maison, d’un jardin, d’une piscine, et même d’un appartement avec une terrasse a incontestablement progressé, ce qui s’est traduit, factuellemment, par des recherches pour ces types de biens en forte hausse sur les portails. Cela étant, je ne crois pas que l’on assistera à une concrétisation en masse de ces requêtes nouvelles. La forte attractivité des métropoles ne se dément pas, que ce soit à Paris, Lille, Lyon, Rennes, Bordeaux, Nantes, Toulouse, Montpellier, Marseille, Nice ou encore à Strasbourg.

La métropolisation des territoires ne s’est pas éteinte, et ce pour deux raisons majeures : d’une part grâce l’emploi et d’autre part pour la qualité de la scolarité des enfants. En revanche, je crois davantage à l’extension du périmètre des métropoles. S’il m’est possible de travailler deux ou trois jours à mon domicile, pourquoi ne pas habiter à une trentaine de kilomètres d’un grand centre-ville et profiter d’un habitat plus grand ?

La Fnaim a tablé, début juillet, sur un repli des transactions dans l’ancien en 2020 de 30 %. Est-ce inquiétant ?

Non. Ce repli est logique : le marché a été arrêté pendant deux mois, en mars et avril, ce qui correspond a plus de 200 000 transactions qui n’ont pas été conclues et que l’on ne récupérera pas cette année. Puis, la reprise est là. Et attendons de voir quel sera son niveau à la rentrée de septembre. Si, au final, nous atterrissons sur un marché à 850 000 transactions, on restera sur un bon cru, soit d’une niveau identique à celui de 2015, et bien supérieur à celui de 2013, dernière année de crise à 650 000 transactions enregistrées

La Fnaim s’inquiète également des nombreuses défaillances d’agences immobilières qui pourraient intervenir suite à ces deux mois d’arrêt…

On en comptera certainement, et notamment de celles qui étaient déjà fragiles avant la crise. Reste le côté positif : nous sortions, avant le confinement, d’une période faste, donc les agences immobilières qui avaient su faire preuve d’un peu de prudence en gardant de la trésorerie traverseront cette période sans difficulté.

Deuxièmement, les dispositifs de chômage partiel mis en place ont aussi permis de sauver certaines entreprises ; sans oublier les accompagnements des différents fournisseurs, comme ceux des portails d’annonces.

Troisièmement, il y a ce rebond technique que nous observons, qui est fort, et qui est donc propice pour retrouver ou se constituer de la trésorerie. Au final, combien de défaillances le secteur essuiera-t-il ? On ne le sait pas. Et nul doute que si certaines disparaîtront, d’autres naîtront, convaincues que ce contexte d’après-crise est une bonne période pour se lancer.

Transférer cet article à un(e) ami(e)