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«A nos débuts, les agents immobiliers ne comprenaient pas notre métier» (C. Pelosse, Homelike Home)

Par Christian Capitaine | Le | Chasseurs immobiliers

Il y a vingt ans, Christine Pelosse lançait, à Paris, Homelike Home, l’une des premières entreprises, en France, dédiée à la chasse immobilière. Depuis, sa structure a bien grandi et s’est étendue en province. Comment travaille-t-elle ? Comment se rémunère-t-elle ? Qui sont ses clients ? Quelle relation entretient-elle avec les agents immobiliers ? Gros plan sur l’activité d’une précurseure.

Dominique Guenin, Olivia Samson et Christine Pelosse, trois des quatre associées de Homelike Home - © D.R.
Dominique Guenin, Olivia Samson et Christine Pelosse, trois des quatre associées de Homelike Home - © D.R.

Quels ont été les éléments fondateurs de Homelike Home ?

J’ai créé cette entreprise à Paris, en 2003, après un premier parcours professionnel dans l’univers des médias et du marketing. A cette époque, je cherchais un appartement. Et j’ai rapidement compris que c’était un job à mi-temps !

En 2003, le métier de chasseur immobilier, qui est né dans les pays anglo-saxons, n’était que très peu développé en France. Je me suis alors dit : « Pourquoi ne pas me lancer ! ».

Quel accueil avez-vous reçu, à votre lancement, des agents immobiliers parisiens  ?

Au début, ce fut difficile. Nous n’avons pas été accueillies à bras ouverts. Les agents immobiliers ne comprenaient pas notre métier. Aujourd’hui, la donne est très différente. Ils sont pour nous de vrais partenaires.

Quelles autres étapes importantes ont jalonné l’existence de votre entreprise ?

En 2005, Lara Bel m’a rejointe en tant qu’associée. Depuis, du chemin a été parcouru. Lara s’occupe aujourd’hui du marché bordelais, qu’elle développe depuis 2017. Cette année-là coïncide, par ailleurs, avec le déploiement de Homelike Home en province.

2017 a également été marquée par l’arrivée, au sein de l’entreprise, de deux nouvelles associées : Olivia Samson, architecte d’intérieur de formation ; et Dominique Guenin, qui a en charge le développement de Homelike Office, structure que nous avons lancée en 2014 et destinée à la recherche de locaux professionnels, dont une grande part s’adresse aux professions libérales.

J’ajoute, enfin, que j’ai créé, en 2007, la FNCI (Fédération nationale des chasseurs immobiliers), qui est devenue, en 2022, la FCI (Fédération des chasseurs immobiliers) et dont j’assure la présidence. Notre organisation compte aujourd’hui près de 80 membres.

Christine Pelosse a fondé Homelike Home en 2003 - © D.R.
Christine Pelosse a fondé Homelike Home en 2003 - © D.R.

Combien d’entreprises de chasse immobilière recense-t-on en France ?

Difficile à dire. Je dirais entre 500 et 1 000. Mais j’insiste : il y a vingt ans, tout était à construire. Homelike Home fait ainsi figure de précurseur sur ce marché.

Dans quels secteurs géographiques rayonne désormais Homelike Home ?

Outre Paris et Bordeaux, nous intervenons sur Aix-en-Provence, le sud de la Bretagne, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, la Normandie, le Perche et, depuis peu, le Pays basque. Sur chacun de ces secteurs, un chasseur intervient pour le compte de l’entreprise. Il travaille en tant qu’indépendant et à la mission de recherche.

Quelles sont vos places fortes ?

Paris en reste une. Mais la capitale a perdu de son attractivité. Surtout depuis la période des Gilets jaunes. Et cette perte d’attractivité s’est accentuée avec la Covid-19. Résultat : la province se développe, et est alimentée par les départs de nombreux Parisiens en première et deuxième couronne, ainsi qu’en province. Les plus petites villes ont le vent en poupe. Mais à condition d’avoir une bonne liaison avec une gare TGV.

Quels sont les profils de vos clients ?

Nous comptions, avant les Gilets jaunes et la crise de la Covid, une grosse clientèle étrangère en quête d’un pied-à-terre à Paris. Elle représentait 30 % de nos clients. Aujourd’hui, elle ne pèse plus que 5 %. Même si nous avons récupéré une belle clientèle britannique avec le Brexit, nous avons perdu des clients américains. Pour eux, décrocher un crédit en France et réaliser un montage financier est devenu très difficile.

Quels sont les piliers du modèle de Homelike Home ?

Nous sommes un métier de service et de conseils. Et notre « claim » est le suivant : « Visitez de votre fauteuil. » Nous nous adressons à des futurs acquéreurs qui n’ont soit pas le temps de réaliser des visites, soit qui veulent éviter, autant que faire se peut, les déplacements inutiles.

En effet, ils ne se déplacent que lorsque nous avons identifié, pour eux, le bon produit. C’est-à-dire un bien immobilier qui correspond pleinement aux critères préalablement établis dans leur cahier des charges : luminosité des lieux, quartier résidentiel ou pas, proximité des commerces et des écoles, vue dégagée, vue sur mer, etc.

Sur le plan des autres prestations, nous travaillons en amont avec les courtiers, puis validons, dans le cadre d’un emprunt, la capacité financière de notre client.

Nous leur créons, également, un blog dans lequel ils ont accès aux compte-rendu des visites, avec vidéos et photos. Nous regardons, bien sûr, les immeubles dans leur intégralité (jusque dans les caves), ainsi que les PV d’AG et de diagnostics.

Puis nous les accompagnons jusqu’à la vente chez le notaire, et pouvons, si le cas se présente, leur proposer en amont une prestation d’architecture d’intérieur.

L'équipe Homelike Home - © D.R.
L'équipe Homelike Home - © D.R.

Comment êtes-vous rémunérés ?

Nous travaillons en mandat de recherche exclusif de trois mois, tacitement reconductible jusqu’à un an. Nous sommes rémunérés à la vente définitive du bien immobilier (notre activité dépend de la loi Hoguet) en prélevant, en moyenne, 2 % sur le prix de vente du bien.

Un point important : notre prestation se rajoute à celle de l’agence immobilière, nous ne faisons pas d’inter-cabinet. C’est certes un surcoût pour l’acheteur, mais avec un gain de temps et d’énergie considérable.

Lorsque nous nous sommes lancées, les agents immobiliers pensaient que nous allions partager, avec eux, les commissions. Or, il n’en n’est rien. Nous ne prenons aucun produit à la vente.

Et aujourd’hui, les agents immobiliers ont bien compris tout l’intérêt de faire appel à nous. En leur amenant des gens solvables, nous leur faisons gagner du temps ! Désormais, nos relations, avec eux, sont très bonnes, même si, lorsque nous arrivons sur un nouveau marché, nous devons l’évangéliser.

Comment se porte votre activité sur le plan commercial ?

Nous sommes sur un rythme d’une centaine de recherches immobilières réalisées par an. Ce rythme est un peu moins soutenu qu’avant la période Covid où nous pouvions en compter 150, car, comme évoqué plus haut, beaucoup de Parisiens ont depuis quitté la capitale.

Quant à notre taux de succès, il est passé, entre ces deux périodes, d’environ 80 % à 60 %. Aujourd’hui, pour acheter un bien immobilier à Paris, il faut compter sur un apport moyen de 150 000 euros. Ce qui est énorme. Heureusement, en ouvrant des marchés en province, nous avons anticipé le fait que de nombreux Parisiens aient décidé de s’installer hors de la capitale. 

Quelles sont vos perspectives pour 2023 ?

L’immobilier est très lié à la situation économique d’un pays. Et pour que l’activité immobilière soit soutenue, il est important que règne un climat de confiance. Or aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine, la montée des taux, le contexte inflationniste et la récession économique mondiale qui se profile, cette confiance est fragilisée. Il faudra donc s’attendre à une correction sensible des prix à Paris dans les prochains mois.

Le marché pourra-t-il néanmoins s’appuyer sur des leviers de croissance ?

Bien sûr ! Un bel appartement parisien, bien situé, sans défaut, se vendra toujours bien. Aussi, je crois beaucoup aux transformations de bureaux en logements. Paris en manque. Et ces transformations devraient permettre de remettre, sur le marché, des produits à la vente. Y compris dans les autres grandes villes, comme Lyon.

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