« SeLoger n’a aucune intention d’être un agent immobilier »


Par Aurélie TACHOT | le mercredi 04 décembre 2019 | Portails de petites annonces
"Les internautes conservent un intérêt très fort pour l’immobilier" Bertrand Gstalder, SeLoger - D.R.
Comme tous les leaders, SeLoger est très regardé sur le marché des portails d’annonces. Lorsqu’il n’attise pas les convoitises, il fait l’objet de plusieurs rumeurs. Trois mois après le rachat de MeilleursAgents, le Groupe lève donc le voile sur sa stratégie de développement, l’avenir des magazines Logic-Immo, son ouverture au marché des particuliers, sa vision de la montée en puissance des GAFA, par le biais de Bertrand Gstalder, président du Groupe SeLoger.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2019 ?

2019 a été une année riche et stratégique puisqu’elle a donné naissance au Groupe SeLoger. Si Logic-Immo a été acquis en février 2018, le rapprochement opérationnel entre les deux marques a véritablement pris forme en 2019. Elle s’est notamment concrétisée par le lancement, en juin dernier, de notre offre DUO, qui regroupe, dans un pack global, les offres harmonisées et complémentaires de SeLoger et de Logic-Immo. L’offre DUO est plébiscitée : 3500 clients l’ont déjà adoptée en l’espace de six mois, essentiellement des agents immobiliers indépendants et des petits réseaux. En janvier 2020, cette offre devrait connaître une phase d’accélération puisque nous commencerons le déploiement de grands réseaux qui représentent, à eux seuls, des milliers d’agents. L’année 2019 a également vu se confirmer l’intérêt de nos offres de valorisation de l’expertise locale et de contacts qualifiés de vendeurs. Nous notons enfin une excellente performance en termes de visites de nos sites spécialisés, notamment de SeLoger Construire, SeLoger Neuf, AgoraBiz et des sites de notre pôle dédié au luxe.

Quel est l’avenir des magazines papiers de Logic-Immo ? Plusieurs rumeurs indiquent que vous les arrêteriez…

C’est une fake news ou un jeu tactique de la part de certains de nos concurrents d’annoncer la mort d’un produit afin de mieux vendre le leur. Les magazines de Logic-Immo, ce seront, en 2020, 28 éditions proposées, chaque mois, dans 10 000 points de distribution en France et près de 14 millions d’exemplaires. Il n’y aura, en 2020, aucun changement sur le nombre de parutions, le nombre d’exemplaires ou le nombre d’éditions de ces magazines print, d’une part parce qu’ils font partie de l’ADN de Logic-Immo, d’autre part parce que c’est le 1er magazine immobilier de France et un excellent vecteur pour capter des mandats. Nous lancerons d’ailleurs, en janvier prochain, une nouvelle formule du magazine, avec un contenu éditorial enrichi vers l’expertise locale des agents immobiliers. En 2020, nous poursuivrons également le déploiement de notre offre DUO, nous lancerons notre nouvelle gamme NEO sur le marché de l’immobilier neuf, qui réunira la puissance de SeLoger Neuf et de Logic-Immo Neuf, et nous accélérerons fortement sur l’activité des bureaux et commerces, par le biais d’AgoraBiz. Nous amplifierons également l’investissement dans la datascience afin de continuer à avoir les meilleures places de marché spécialistes de l’immobilier et ainsi remplir au mieux notre mission qui consiste à simplifier la réalisation de tous les projets immobiliers des français et des professionnels.

Quelles synergies allez-vous développer avec MeilleursAgents, que votre maison mère AVIV (groupe Axel Springer) a racheté en septembre 2019 ?

Depuis le rachat de MeilleursAgents par notre maison mère, nous entendons, sur le marché, un certain nombre d’idées fausses, notamment celle que SeLoger allait devenir un agent immobilier et allait donc concurrencer les professionnels en place. Je tiens à tordre le cou à cette idée, qui ressemble à une tactique visant à nous prêter des intentions non fondées. Non, nous n’avons aucune intention d’être un agent immobilier. Notre mission, depuis maintenant 27 ans, est d’être le liant entre les particuliers porteurs de projets et les professionnels de l’immobilier. La preuve, c’est que 97 % de notre chiffre d’affaires provient aujourd’hui de ces professionnels. MeilleursAgents partage cette même philosophie, qui est de valoriser l’expertise locale des agents immobiliers et d’apporter de la confiance : nous visons tous deux à accompagner le mouvement de digitalisation des vendeurs et à aider les agents immobiliers à mieux capter ces propriétaires digitaux en ligne. Nous travaillerons ensemble en 2020 pour continuer de développer les meilleurs services dans ce domaine.

Le groupe SeLoger va-t-il s’ouvrir au marché des particuliers ?

Le sujet est paradoxal. L’ambition du Groupe SeLoger a toujours été d’être un facilitateur du développement de la part de marché des professionnels de l’immobilier, et non des particuliers. Et cela le restera. Ce n’est pas le cas de notre principal concurrent (NDLR : leboncoin) qui s’est d’abord adressé aux particuliers avant de lancer des offres dédiées aux professionnels. En souscrivant à leurs offres, les agents immobiliers ont favorisé de facto le décloisonnement du marché entre les particuliers et les professionnels. Ils ont créé une attente des Français pour une offre globale. C’est pour cette raison que nous avons ouvert la location aux particuliers il y a 3 ans : la part de marché des particuliers est de 60 % sur ce marché et nous ne pouvions pas être à contre-courant. Pour autant, nous ne souhaitons pas l’ouvrir sur la vente en l’état actuel du marché, d’autant plus que le particulier ne représente que 15 % des annonces, souvent en doublon des agents. En revanche, nous estimons que les agents ont leur rôle à jouer dans leur stratégie future de diffusion sur des sites de particuliers, notamment avec l’ouverture probable de Facebook ou Google sur le segment de la vente. S’ils répondent favorablement, nous devrons, comme sur la location, revoir notre stratégie afin de ne pas être à contre-courant.

Quel regard portez-vous sur l’arrivée des GAFA sur le marché immobilier ?

Je m’en méfie. Axel Springer (comme tous les éditeurs de presse) ont pu en faire l’amère expérience au cours des dernières années : les contenus sont captés par Google, au départ pour créer du trafic, puis ce dernier souhaite conserver la relation directe avec l’utilisateur, jusqu’à développer son propre service.  Comme l’indique Andreas Wiele, le CEO d’AVIV, « d’une machine à questions, c’est devenu une machine à réponses qui veut garder ses utilisateurs ». L’annonce récente que Google allait proposer des comptes bancaires afin de concurrencer les banques est un autre exemple. Il en est de même avec Facebook (qui fait aussi la part belle au particulier) ou Amazon (qui remplace ses marchands sur les meilleurs produits). Le champ d’action des GAFA est extrêmement large, ils intègrent verticalement les marchés jusqu’à la transaction. En cela, je considère les GAFA comme une menace globale qui n’impactera pas seulement les acteurs comme nous mais aussi les agents immobiliers. Si les GAFA gagnent, au mieux cela coûtera plus cher et au pire ils remonteront la chaîne. C’est la raison pour laquelle, la construction du leader européen des solutions digitales pour les agents Immobiliers réalisé par Axel Springer est sans doute la meilleure nouvelle pour la profession. C’est un spécialiste local qui dispose d’une taille suffisamment importante pour affronter la montée en puissance des GAFA et pour favoriser le développement des agents Immobiliers.

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