Covid-19 : « Dans les zones tendues, aucune raison que le marché ne se retourne en sortie de crise »


Par Christian CAPITAINE | le mercredi 01 avril 2020 | Agence immobilière indépendante
Covid-19 : « Dans les zones tendues, aucune raison que le marché ne se retourne en sortie de crise » - ©Karine S.Bouvatier
Pour Christine Fumagalli, présidente du réseau Orpi, pas d’inquiétude à avoir : les prix, dans les zones tendues, se maintiendront une fois la crise sanitaire passée. « En revanche, dans les zones plus rurales, là où le marché demeurait avant la crise plus compliqué, nous avons davantage d’inquiétudes », affirme-t-elle.

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur l’activité de votre réseau ?

Cette situation de confinement, qui impose la fermeture de nos agences a, pour notre profession, naturellement un impact. Notre activité a certes, depuis quelques jours, ralenti, mais elle perdure : concernant les transactions, nous continuons à accompagner nos clients, notamment ceux qui ont entamé des projets - signés ou en cours de signature -  avant ce confinement et qui souhaitent les voir mener à bien. Bien sûr, tout cet accompagnement se fait par télétravail, grâce au téléphone.

Pour résumer : il n’y a pas d’arrêt de services. Reste les nouveaux projets, qui, eux, se concluent par des visites : ici, nous n’avons d’autre choix que de donner rendez-vous à nos clients à la fin du confinement.

Qu’en est-il de l’activité relative à l’administration de biens ?

Outre ce volet lié aux transactions, nous continuons, naturellement, à assurer un minimum de services pour tout ce qui concerne l’administration de biens : en gestion locative et en syndic de copropriétés, nous avons, pour nos clients, des missions d’administration à mener et parfois des interventions d’urgence, comme les fuites d’eau. Quelles que soient les circonstances, nous restons actifs et proactifs.

Comment appréciez-vous le travail des notaires dans contexte si particulier, et leur capacité à signer les actes ? Certains déplorent leur lenteur…

Inutile de jeter l’opprobre sur les notaires. Au moment de l’annonce du confinement, eux aussi ont rencontré des difficultés à organiser leurs études, comme nous à organiser nos équipes. Cela étant dit, nous avons appelé les notaires à maintenir un minimum de service, au moins pour traiter à distance les transactions en cours. Force est de constater que la majorité des études a joué et continue à jouer le jeu. Même si, en termes de délais, nous devons faire preuve de souplesse car les signatures prennent plus de temps que d’ordinaire.

Concernant le recours aux procurations pour signer les actes authentiques. Vendeurs et acquéreurs ont-ils bien intégré cette donne ?

Ils comprennent parfaitement la situation. Les projets, signés dès que les procurations ont pu être établies, se poursuivent. Nous avons beaucoup de clients qui ont des échéances à tenir. Nous mettons donc tout en œuvre pour les accompagner au mieux. Quant aux avant-contrats, c’est-à-dire les promesses et les compromis de ventes, ils sont, eux, signés par signatures électroniques dans les agences immobilières.

Vos adhérents ont-ils adopté les outils de visites virtuelles ? Sont-ils efficaces ?

Les visites virtuelles des biens immobiliers ont été mises en place, chez Orpi, il y a plusieurs années. Sans conteste, elles ont encore plus de sens aujourd’hui. Non seulement elles permettent, à de potentiels acheteurs, de faire visiter des biens pour qu’ils puissent aller au bout de la réflexion et affiner leur recherche ; mais elles permettent, également, de renseigner des clients qui sont en position de vendre leur bien et qui ont donc besoin d’une estimation.

Grâce aux visites virtuelles, on peut demander aux propriétaires de filmer leurs biens pour que nous puissions, en retour, leur donner une estimation la plus proche possible.

Comment, en cette période si particulière, l’enseigne Orpi accompagne-t-elle ses adhérents ?

Très vite, nous nous sommes préoccupés du quotidien des agences. Nous leur avons adressé, à tous, un dispositif d’accompagnement, en termes de gestion de leur entreprise et de recherche des aides possibles pour qu’ils puissent passer, sans encombre, ce cap du confinement. Dès le début, le discours adressé par Orpi à l’ensemble des équipes a été le suivant : « Profitons de cette période plus calme en terme de contacts pour se former à de nouveaux axes de notre profession, voire à certains métiers qui la compose. »

Concrètement, nous avons développé de nombreux programmes de formation à distance, sous forme de webinars et de classes virtuelles, qui sont d’ailleurs très suivis : initialement, nous avions lancé des classes avec des potentiels de 100 personnes. Or, aujourd’hui, elles fédèrent plus de 500 collaborateurs.

Quel est l’état du moral de vos troupes ?

Il est plutôt bon. Les équipes des agences sont prises en charge. Ce qui est sûr, c’est que cette étape de confinement, qui nous coupe de notre quotidien et qui nous empêche d’être présent sur le terrain nous manque. Mais le moral reste bon. Nous sommes tenus de les pousser et de les soutenir. Ce que nous faisons avec beaucoup de conviction. Reste la durée du confinement. C’est cette inconnue qui demeure, pour nous à la tête du réseau, l’élément le plus difficile à appréhender. Ce manque de visibilité est troublant.

Vos agences ont-elles étaient massivement contraintes d’avoir recours au chômage partiel ?

Celles qui avaient besoin d’avoir recours au chômage partiel, oui, l’ont fait. Et cela a concerné sans surprise 100 % des effectifs qui travaillent dans le domaine des transactions. En ce qui concerne les activités liées à l’administration de biens, le recours au chômage partiel se révèle pareillement important, mais avec, somme toute, une part de télétravail mise en place pour le suivi à minima de la gestion classique : encaissement des loyers, réponses aux interventions d’urgences, transmissions des fonds aux clients. 

Comment les prix vont, selon vos estimations, évoluer en sortie de crise ?

Le marché, comme nous l’observions avant le confinement, reste à deux vitesses. Il est, d’une part, caractérisé par des territoires où l’offre fait toujours cruellement défaut. Sur ces zones tendues, pour l’heure, nous n’avons pas d’inquiétude. Donc aucune raison ici qu’en sortie de crise le marché ne se retourne. En revanche, sur les zones plus rurales, là où le marché demeurait, avant la crise, plus compliqué, nous avons davantage d’inquiétudes.

A moins que cette relation au confinement ne transforme notre façon de concevoir notre relation au logement. Disposer d’un bien avec extérieur, hors zones urbaines, pourrait susciter un regain d’intérêt pour certains clients acheteurs. En tout cas, nous observons, sur le portail d’Orpi, une recrudescence des recherches de biens avec extérieurs.

Et au niveau de volumes de transactions. A quoi peut-on s’attendre une fois la crise passée ?

Les prévisions restent pour l’heure très difficiles à établir. Nous sommes partis pour avoir à minima un mois à un mois et demie d’inactivité. Donc, sur environ dix mois d’activité, il est clair que nous ne pourrons atteindre, comme l’an passé, le million de transactions réalisées. Je n’ose pas avancer de chiffres. En revanche, j’attends avec impatience de voir le comportement du client en sortie de confinement. 

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