Covid-19 : « En sortie de crise, des opportunités d’affaires se présenteront pour la Proptech. »


Par Christian CAPITAINE | le lundi 06 avril 2020 | Méta-moteurs
Stéphane Scarella, président de la FF2i - DR
Pour certaines startups de la Proptech qui ne sont pas entièrement financées, la situation est compliquée, reconnaît Stéphane Scarella, président de la FF2i (Fédération française de l’Internet immobilier) et directeur du salon Rent. Mais, en sortie de crise, les investisseurs en capital-risque auront du cash. Ce qui suggère de solides opportunités d’affaires pour ces jeunes pousses de l’immobilier.

Jusqu’à quel point les entreprises de la Proptech sont-elles touchées par la crise ?

D’après mes observations, au travers du prisme de Rent, le salon des startups de la Proptech et de l’innovation que nous organisons, toutes celles avec lesquelles nous échangeons depuis le début du confinement ont, grâce à leur organisation digitale, vite réagi, en s’adaptant à l’exercice de style imposé, à savoir : faire preuve de réactivité, de souplesse et d’agilité. Il n’y a pas eu de rupture de services. D’autre part, elles ont su rapidement mettre à disposition de leurs clients professionnels de l’immobilier, grands réseaux d’agences ou promoteurs, de nombreux outils, services, contenus, formations et autres accompagnements, via notamment les réseaux sociaux. En revanche, dresser un panorama général sur le degré d’esquintement, de détérioration de la Proptech, c’est très compliqué. Et trop tôt. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas eu d’écho de catastrophes. Dans le cadre de Rent, toutes les startups avec lesquelles nous travaillons sont toujours là, et bien là ! 

Rent 2020 se tiendra les 4 et 5 novembre, à Paris. Aucune chance que la manifestation soit annulée ?

Non, aucune. Dans le calendrier annuel de 2020, Rent fait figure de dernier événement du marché de l’immobilier et de la Proptech en Europe. La manifestation sera certainement, en novembre prochain, l’une des seules caisses de résonance pour le marché, et l’une des seules tribunes d’expression possibles pour l’innovation et les startups de l’immobilier. Le travail que nous menons avance à très bonne allure. Les contenus se dessinent, à l’image des conférences et thématiques du salon. Le comité éditorial constitué, qui regroupe plusieurs acteurs du marché de l’immobilier, est unanime pour dire que ce rendez-vous doit être celui du rebond, celui de la projection vers 2021. La vocation de Rent, c’est aussi d’accompagner ces startups, de les associer aux industriels et aux investisseurs. Et certainement davantage encore cette année.

Pour revenir à la crise, des startups de la Proptech la traversent-elles plus difficilement que d’autres ?

Deux schémas ressortent. Il y a, d’une part, les startups qui sont financées, celles qui s’appuient sur un business model, qui génèrent du revenu. Celles-ci ont, comme toutes les entreprises, des efforts à fournir, notamment en gardant un œil attentif sur leur trésorerie. Puis il y a les startups qui ne sont pas encore entièrement financées, qui sont en recherche de fonds. Pour elles, la situation est plus compliquée, car les Venture Capitalists ont gelé, d’après ce qu’on lit, à 70 % leurs investissements pour les semaines qui viennent. Ils gèrent leurs affaires courantes. En revanche, ils vont aussi garder du cash. Donc, en sortie de crise, se présenteront pour les startups de grosses opportunités d’affaires.

A l’inverse, certaines startups résistent-elles mieux à la tempête ?

Oui, on en compte plusieurs. Prenons l’exemple de MyNotary, dont les outils permettent aux notaires de dématérialiser leur travail. Pour elle, de solides opportunités de business se présentent. Autre exemple avec Luko, une société qui réalise des images de sinistres à distance. Ou encore avec toutes celles qui évoluent sur le marché de la gestion des espaces partagés de copropriétés, et qui permettent de dématérialiser les tâches des copropriétés. Pour toutes ces entreprises, des opportunités d’affaires sont indiscutables. Gageons également que cette crise, une fois achevée, face davantage prendre conscience à certaines professions, comme celle des notaires, d’accélérer leur digitalisation.

Au regard du contexte actuel, quelle stratégie doivent, selon vous, adopter les startups de la Proptech ?

Il faut du positivisme, tout en restant lucide. Car il y aura de la casse, dans les tous les secteurs d’activité de l’économie. Les services et outils qui, hier, étaient bons devront se révéler meilleurs encore demain en sortie de crise. Les startups doivent profiter de cette période pour convaincre les industriels de la qualité de leurs solutions. Certes, la relation physique avec eux n’est plus possible, mais elles doivent continuer de miser sur les outils digitaux. Surtout, qu’elles préparent le rebond ! Début mai, date à laquelle nous devrions sortir du tunnel, c’est demain ! Et félicitons-nous de la décision du gouvernement de les accompagner via une aide de 4 milliards d’euros. Ce soutien massif, les startups doivent en profiter.

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